La maison vertigineuse






















Il était une fois un conte absurde. Un conte absurde d’un phénomène réel et sensé. On dit que sur la côte normande qui longe l’écume de la manche, le littoral s’affaisse de 18 centimètres par an. Des falaises normandes qui au gré du temps s’effondrent, rapetissent. Des éboulements violents qui altèrent les cartes et brouillent les mémoires.
Ce conte photographique est le conte de ces falaises que la mer avale, des cartes mouvantes, de ces mémoires perturbées. C’est l’histoire d’une maison abandonnée, aujourd’hui au bord du gouffre, qui fût un temps habitée. C’est l’histoire d’une famille de fantôme qui ne se résout pas à la laisser aux vagues. C’est l’histoire d’une descendance qui ne reconnaît plus les Petites Dalles des cartes postales. C’est l’histoire d’une mer qui reprend ses droits tout en tirant la sonnette d’alarme. Car si le sel rogne la falaise, la falaise s’effondre à cause du dérèglement climatique, à cause des humains. Gel, fonte des glaces, augmentation du niveau de la mer, produits chimiques qui se déversent et coulent jusqu’au ravin.
Ce conte est absurde. Il n’a pas de sens. Le seul sens qu’il a, c’est que l’urgence climatique est réelle. Alors en poésie, je révèle le sel, je dévoile la roche, je manifeste l’embrun, je présente l’humain, je témoigne des briques, j’admire la craie, je dénonce l’inaction.
Quelques semaines après la résidence à gauche de la plage des Petites Dalles, un gros éboulement est survenu. Un des lieux que j’ai photographié n’existe plus à présent.





